David Wahl et la méthode du discours

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Auteur depuis 2014 de causeries érudites et esthétiques sur des sujets aussi variés que les boules de cristal, les fonds marins ou la peur de danser, le conteur adapte pour le théâtre sa nouvelle divagation environnementale sur les déchets, du Moyen Age à l’ère nucléaire.

Au milieu des années 80, tandis que tout enfant un tant soit peu équilibré passe ses matinées à zoner en pyjama devant Salut les musclés du Club Dorothée, le petit David Wahl, lui, pique les traités de dermatologie qui garnissent la bibliothèque de ses parents, obtient de sa maîtresse qu’elle le laisse présenter chaque semaine un dinosaure différent à ses petits camarades, et tanne régulièrement sa grand-mère, embryologiste, pour aller s’émerveiller devant un trésor inouï : l’embryon de poulet plongé dans du formol qui repose dans son laboratoire. Celui-ci trône désormais sur la cheminée de son appartement du IXe arrondissement de Paris, cabinet de curiosités à faire rougir d’envie Jean-Pierre Jeunet.

David Wahl s’abandonne vite à toute forme de récit riche en détails cuisants. Il sait et aime parler, ou disons conter, ou encore causer, pour reprendre le nom des petites formes avec lesquelles il enchante depuis quelques années un public encore confidentiel. Des «causeries», donc, sorte de divagations déclinées sous forme de spectacles et de livres.

Ce grand lecteur de Pascal, sainte Thérèse d’Avila ou Ricœur n’est pas devenu paléontologue comme il en rêvait enfant. Mais il a mis en pratique sa passion de l’histoire des sciences en devenant un des spécimens d’une espèce qui prolifère depuis quelque temps sur les plateaux de théâtre, celle de ces «conférenciers scientifico-poètes» qui s’amusent de notre rapport à la connaissance et théâtralisent notre capacité d’émerveillement, tels Alexandre Astier, Frédéric Ferrer ou Pierre Mifsud. «A ceci près que je ne fais pas de conférences stricto sensu, précise David Wahl. Ce sont, je l’espère, des objets littéraires.» Objets dont l’ambition est moins la vulgarisation en tant que telle que l’esthétisation, comme en témoigne sa dernière causerie, le Sale Discours, sous-titrée «géographie des déchets pour tenter de distinguer au mieux ce qui est propre d’avec ce qui ne l’est pas», qui vient d’être éditée chez Premier Parallèle.

On y apprend de belles choses sur l’usage d’épurateur des porcs dans les villes médiévales, sur les vertus thérapeutiques des mauvaises odeurs, sur l’invention des super nettoyants comme le radium et la conception de nos jours de ces déchets impeccables, incolores, inodores, imputrescibles que sont les déchets radioactifs. Il s’agit toutefois moins d’une histoire de l’hygiène pour les nuls qu’une façon de soulever paradoxes et réflexions métaphysiques : sur ce que notre besoin de maîtrise de l’environnement révèle de notre désir d’éternité, par exemple.

Article écrit par Eve Beauvallet pour Libération. Lire en intégralité.