Hunter, entre cinéma et théâtre d’horreur

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vendredi 30.03.2018 à 20h30

Marc Lainé, est diplômé de l’École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs en 2000. Depuis 2008, il met en scène ses propres spectacles. Avec Hunter, entre théâtre et cinéma d’horreur, il propose un univers où le fantasme se mêle à la réalité. Il nous explique, ici, ses choix de mises en scène.

La symbolique du lycanthrope 

Comme ceux des contes, les monstres du cinéma fantastique sont avant tout des figures symboliques. Dans toutes les cultures, le « lycanthrope », l’homme qui se transforme en bête,  est un personnage récurrent de l’imaginaire collectif. Il représente évidemment la part animale, la sauvagerie contenue en chacun de nous. Au gré des différents récits qui la mettent en scène, la figure du loup-garou peut être interprétée comme un symbole érotique ou politique.
Quand le cinéma s’empare de cette figure, il choisit de privilégier le spectaculaire au signifiant, la fascination à la réflexion. Au cinéma, il s’agit de saisir le regard et l’attention du spectateur plutôt que de les inquiéter, au sens premier du terme, c’est-à-dire de les mettre en mouvement. Le spectateur doit voir et « croire » à la transformation d’un personnage en animal plutôt que de s’interroger sur la portée symbolique et la signification de cette transformation. L’essentiel est de conférer le plus grand degré de réalisme à la métamorphose. La réalisation des effets spéciaux doit donc être invisible. Elle a lieu hors-cadre, ou entre les prises, ou encore après le tournage, en post-production.
Dans Hunter, au contraire, cette métamorphose se fera sur scène et en direct. En choisissant de dénoncer le trucage, je souhaite révéler, non sans un certain humour, la dimension symbolique et fantasmatique de cette métamorphose et ouvrir ainsi des pistes d’interprétations. Loin de tout réalisme, Hunter sera une forme de conte contemporain radicalement pop, puisant dans les références cinématographiques et dans lequel il sera question de désir. Du désir le plus destructeur et de ses représentations les plus monstrueuses.

Un dispositif de tournage sur scène, retransmis sur un écran géant

Comme dans Vanishing Point, la mise en scène de Hunter s’élaborera à partir d’un dispositif de tournage en direct retransmis sur un écran géant. Les différentes images qui appartiennent au répertoire du cinéma d’horreur (apparitions, métamorphoses, mutilations, etc.) seront réalisées à vue.
Le spectateur aura donc la liberté de choisir ce qu’il regarde : la fabrication bricolée d’une image sur scène ou sa réalisation sublimée projetée sur un écran.
C’est dans ce choix, dans cet écart entre le théâtre et le cinéma que des espaces de pensée et d’interprétations lui seront offerts, conférant une complexité supplémentaire à l’histoire qui lui sera racontée.

Entre univers fantasmé et réalité

Le dispositif scénographique opposera l’univers domestique du couple et l’univers fantasmatique associé à la figure du monstre. Le projet est de montrer comment l’univers fantasmatique fait progressivement intrusion dans l’univers domestique, jusqu’à abolir les frontières entre réel et imaginaire. […]  Il s’agit de créer une porosité entre ces deux espaces. La scénographie constitue un dispositif d’apparitions « fantastiques » du monstre dans le quotidien et l’intimité du couple. Ainsi, toutes les ouvertures pratiquées dans le décor ont une fonction et une valeur décorative spécifique dans chacun des deux espaces : le miroir sans tain de la loge où se fera maquiller la femme lycanthrope est aussi le miroir du salon du couple permettant un jeu des superpositions d’images, la penderie dans la chambre ouvre directement sur cette loge, le tableau accroché au-dessus du lit est imprimé sur un tulle qui permet de faire apparaître le monstre etc. Une maquette de la maison est installée à l’avant-scène. Elle sera filmée en direct pour faire exister à l’écran les extérieurs. L’ensemble est posé sur un fond vert incruste qui permettra de faire exister des extérieurs jours du jardin réalistes mais aussi des visions plus surréalistes d’une forêt qui sépare les deux maisons et dans laquelle l’homme et la bête feront l’amour.

La musique

Dans les films d’horreur la musique est évidemment essentielle. Depuis Bernard Hermann et la BO de Psychose d’Alfred Hitchcock, c’est souvent grâce à la musique que le suspense et la terreur atteignent leur acmé. Pour Hunter, j’ai fait appel au musicien électro Gabriel Legeleux (alias Superpoze) pour créer et interpréter en live la BO du film en train de se tourner sous nos yeux. Je souhaite aussi faire chanter le personnage de la femme-lycanthrope : c’est par ces chants qu’elle nous racontera son histoire et qu’elle attirera à elle le personnage de David. Le projet Hunter est né du désir de détourner le genre « cinéma d’horreur » et l’irruption d’une forme de « comédie musicale » créera un décalage à la fois humoristique et sensible.
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