« Mes textes ont été toujours davantage peuplés d’anti-héros que de héros » Marion Aubert

Publié le 10/01/2019

L’homme de rien est un objet théâtral né d’une collaboration entre Marion Aubert (écriture) et Éric Petitjean (mise en scène).

« Qu’en est-il aujourd’hui de l’héroïsme au théâtre ? Peut-on encore seulement en énoncer le désir ou la quête ? Tout un théâtre, sinistre, s’était donné pour tâche de convertir au courage ou à l’adoration de la vertu. Mais à l’heure du désenchantement postmoderne et de sa dérision, l’héroïsme paraît succomber. Plus d’histoire, plus d’héroïsme. Ne restent alors, parfois bien fatigués, qu’une poignée de « super-héros ».
Et pourtant : l’héroïsme existe, comme l’histoire. Peut-être le terme est-il désormais obsolète, impropre à décrire certains gestes et quelques vies, trop connoté et empesé. Mais, envers et malgré tout, l’héroïsme existe, divers, et vient perturber dérisions satisfaites et déplorations complaisantes.
Qu’en est-il alors de cette présence dans le théâtre contemporain ? Est-elle visible, repérable, souhaitable ? Et que dire de son écriture et de sa représentation, des enjeux politiques et esthétiques qui s’en déduisent ?

Mes textes ont été toujours davantage peuplés d’anti-héros que de héros. Si j’écris des épopées, elles sont souvent minuscules, ou bien brisées, en mille morceaux. Et bien souvent, les personnages n’ont d’héroïque que leur souffle, impressionnant, démesuré par rapport à leur petite taille, et seul l’usage de la langue, du verbe, leur permet de s’échapper d’euxmêmes, et d’accéder, peut-être, à quelque chose d’un peu plus grand. Mais la plupart du temps, ils ratent ce qu’ils entreprennent. Ils chutent. Ils avancent en se pétant la gueule.

Au début, je crois toujours beaucoup à mes personnages. J’ai envie qu’ils y arrivent, mais vient toujours un moment où ça rate. Parfois, ça rate parce qu’ils ont mal calibré leur projet. Les Histrions veulent se hisser jusqu’au soleil. Un peu comme les hommes de la tour de Babel. Mais sans doute découragée par l’ampleur de la tâche, j’ai fini par sombrer avec eux, et davantage que de leur ascension, parlé de leurs vies minuscules, d’hommes en train de se battre entre eux et en eux-mêmes.

Il y a toujours des obstacles, et les obstacles, c’est le réel, dans ce qu’il a de plus cru. La merdre, dirait Jarry. Les autres, dirait Sartre. Et souvent, dans mes pièces, il y a de la merde et des autres. Et du coup, ça ne fait pas bon ménage avec les utopies. Et, de façon quasi systématique – c’en est un peu effrayant – les plus flamboyants de mes personnages s’écroulent. S’évanouissent. Ou s’endorment. »

Marion Aubert

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