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Pourquoi du football au théâtre ?

Massimo Furlan, le metteur en scène du Cauchemar de Séville, nous explique son projet peu commun, son attachement au souvenir de ce match dramatique et les raisons de montrer du football au théâtre. 

Comment considérez vous l’intensité dramatique d’un match de football ?

« Parfois, sur un terrain de football, l’intensité dramatique du récit est plus vraie et plus vive que dans une salle de théâtre.En effet, tout se joue dans l’instant: chaque passe est décisive, chaque mouvement, chaque trajectoire, chaque chute comptent. L’histoire s’écrit en direct. Et elle provoque des émotions de joie, d’ivresse, de tristesse, ou de désespoir. »

Pourquoi avoir choisit  le match de 1982 ?

« En 1982, dans le cadre du championnat du monde de football, la France rencontre l’Allemagne en demi-finale à Séville. Il en résulte un des plus beaux matchs de toute l’histoire de ce sport. L’équipe de France de foot a peut-être écrit alors une des plus fabuleuses disputes qui ait été jouée, tant par son intensité dramatique que par la tension qui en a résulté. 120 minutes de combat et les tirs au but au final. Une dramaturgie exceptionnelle: de l’action, du rêve, de l’espoir, et enfin une déception énorme. Tout est parfait dans ce match: les ennemis sont de vrais ennemis, les héros sont plus forts qu’espérés, l’espoir est immense, l’injustice est totale, l’arbitre est mauvais. Combien d’entre nous, enfants, adolescents, adultes, avons rêvé d’être ces joueurs-là, d’incarner nous aussi dans notre vie la figure du héros tragique? »

En quoi ce projet questionne la mémoire collective ?

« Inscrit dans la mémoire collective, ce match est devenu un récit qui se transmet de génération en génération désormais. Même si le dénouement de l’histoire est tragique, on a plaisir à la réécouter, à la revivre, à se glisser dans ces personnages-là. C’est au fond ce que que propose ce projet qui parle autant de notre imaginaire que de notre mémoire. Qui pose la question de comment écrire une histoire, de comment la transmettre, bref, qui parle du théâtre, et de la vie. »

Le projet est de rejouer au plus juste, au plus près cette fameuse dispute. De remonter et refaire le match dans son entier. Comme une chorégraphie. Retracer les mouvements, les actions, les drames. Pour cela il s’agit de constituer une troupe, une équipe de 11 joueurs, amateurs, passionnés, des fous qui rêvent encore, prêts à apprendre, comme un danseur apprend une chorégraphie, un acteur un texte, le match dans son entier. Voir et revoir les images, noter les déplacements de chacun, s’entraîner pour tenir les 120 minutes au plus juste, reconstruire méticuleusement. Et puis un jour, dans le stade de Colombes (encore l’histoire!), jouer le tout, intensément, devant un public, avec un vrai commentateur, mais sans ballon. Raconter à nouveau l’histoire, le mieux possible, rire des fantômes, pour, une nouvelle fois, pleurer encore.