Quand Ibrahima Sissoko revisite « Le Lac des Cygnes »

Publié le 27/05/2016

Ibrahima Sissoko, metteur en scène et chorégraphe hip-hop, s’attaque au célèbre ballet classique Le Lac des Cygnes pour l’irriguer de sa propre sève et l’investir de toute sa créativité, dans le prolongement de sa démarche d’ouverture et de croisements

D’où vient le désir de travailler sur Le Lac des cygnes ?
Ibrahima Sissoko :
C’est un désir qui vient de loin ! Il y a dix ans déjà, j’y pensais : confronter la patte de la compagnie, sa virtuosité spécifique, aux symboles et aux métaphores d’un grand classique. Mais je sentais que c’était un « challenge » et qu’il me fallait plus de maturité que je n’en avais alors, car la transposition est un exercice difficile, qui implique de travailler avec des éléments préexistants et connus de tous… C’est un dosage délicat au niveau chorégraphique, mais aussi au niveau musical : j’ai souhaité adapter certains passages de la partition de Tchaikovsky, mais conserver un maximum de la musique originale et respecter sa structure.

Pour cette pièce, vous travaillez avec des danseurs de formation hip-hop, mais aussi classique, contemporaine…
I. S. :
Je souhaitais allier plusieurs esthétiques, et me demander quelle place prenait chacune d’elles, comment elle pouvait s’articuler aux autres. Aujourd’hui, la culture hip-hop a cette ambition : se frotter aux autres, se mettre elle-même en danger, pour évoluer. Savoir d’où l’on part, mais pas où l’on va : c’est cela, la prise de risque !

Quel est l’enjeu le plus crucial de cette création ?
I. S. :
C’est la transposition du récit du Lac des Cygnes. Cette histoire me parle, fondamentalement, du choix de la liberté artistique : le cygne blanc, pour moi, c’est l’artiste authentique, qui porte à son art un amour sans concessions. Il fait face à un « sortilège », à un pouvoir écrasant, c’est-à-dire le système qui ne reconnaît pas l’authenticité. Le cygne noir, lui, fait tout pour rester dans ce système… La place sociale de l’art et des artistes est aujourd’hui une question cruciale. Et l’enjeu pour moi est de parler de cette histoire, de notre vie, de ces questions d’actualité, à travers un classique.

Propos recueillis par Marie Chavanieux
La Terrasse n°228

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