Qu’y a-t-il de commun entre une vidéo de Norman et un extrait de Star Wars ?

Publié le 25/05/2018

A priori rien, sauf quand L’Encyclopédie de la parole passe par là !

…et Blablabla

Pour créer le spectacle Blablabla, la metteuse en scène Emmanuelle Lafont et le compositeur Joris Lacoste se sont demandé ce qu’entendent les enfants de 6 à 11 ans en France aujourd’hui. Qu’est-ce qui compose leur univers sonore, à la maison, en classe, pendant la récréation, à la télévision, dans la rue, sur YouTube, dans le métro, chez le docteur, pendant le cours de sport. Ils se sont ensuite entourés d’une fine équipe de collectrices qui d’une manière ou d’une autre sont en contact avec des enfants. En amont de la composition, chacune a mené son enquête, avec ses moyens propres : questionnaires, échanges, écoutes partagées, temps passés dans la classe d’une amie institutrice, afin de constituer une collection d’enregistrements sonores.

un travail de composition

C’est à partir de là que peut commencer le travail de composition de Joris Lacoste : « Quand je compose un spectacle pour l’Encyclopédie de la parole, je commence par écouter en boucle tout ce que nous avons collecté, des centaines d’extraits, jusqu’à les avoir dans l’oreille comme des refrains familiers. Au bout d’un moment certains documents s’imposent comme des points de départ, des pivots autour desquels je construis des rapprochements, des contrastes, des détours… L’enjeu, dans Blablabla, est de créer de la continuité dans la différence : on traverse un grand nombre de paroles très disparates, des plus quotidiennes aux plus fictionnelles, mais leur succession chaotique crée des situations théâtrales, des petites scènes dialoguées, des micro-histoires. »

une mise en scène qui met au jour le montage

Emmanuelle Lafon : « Le point de départ de l’écriture et de la mise en scène est le même que pour nos précédents spectacles : restituer vocalement une collection d’enregistrements sonores à une assemblée. Mais la question de la narration est abordée plus frontalement. Il m a semblé indispensable que le spectateur, pris dans le flux d’extraits souvent très courts, soit toujours conscient du montage : en réalité, ces paroles hétérogènes n’auraient jamais dû se rencontrer, mais, prononcées ensemble, elles font apparaître personnages, dialogues, situations, paysages… Le spectateur est à la fois acteur de ce montage (c’est lui qui identifie chaque parole et décèle le moment où on passe de l’une à l’autre) et spectateur de la fiction qui a lieu, avec ses déploiements, ses rebondissements, ses comédies et ses drames. À cette fin, le processus de travail est mis au jour : l’actrice fait d’abord entendre des enregistrements originaux, un peu comme le ferait un DJ. On la voit restituer petit à petit de sa voix ce qu’on vient d’entendre ensemble, ce matériau préexistant ; elle manipule elle-même les outils de transformation de sa voix ; ses métamorphoses provoquent des changements de la lumière qui elle aussi met en relief et l’unicité de chaque parole, et les pans de fiction qui se succèdent. On donne toutes les clefs de la fabrique pour permettre de mieux l’oublier. »

un seule en scène vertigineux

Joris Lacoste : « Nous nous sommes rendus compte avec [le spectacle] Parlement qu’un solo amplifie la projection pour le spectateur : on est face à une actrice qui est à la fois seule et fortement peuplée, puisque traversée de dizaines de voix. Chaque personnage apparaît précisément, mais on perçoit aussi la métamorphose de l’un à l’autre. La jubilation, je crois, vient de ce jeu paradoxal entre sincérité et distanciation : littéralité de chaque parole reproduite et artifice de la métamorphose.

Emmanuelle Lafon : « Il y a une proximité particulière avec une actrice seule en scène : on s attache à ce visage, à cette bouche, à ce corps, mais paradoxalement ce sont des dizaines de voix qui s’adressent à nous à travers une seule. La plasticité de cette voix est minutieusement travaillée pour renforcer à la fois le concret et le vertige de ce jeu d’adresses multiples. Armelle Dousset est une incroyable actrice/musicienne/danseuse aimant jouer d une présence ambivalente propice à ce jeu de transformisme. »

Source : extrait du dossier de presse de l’Encyclopédie de la parole pour le Festival d’Automne à Paris 2017 (propos recueillis par Maïa Bouteillet)

Accéder à l’Encyclopédie de la parole

Crédit photo : Martin Argyroglo

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mardi 23 octobre 2018 - 20h30

blablabla