Hiam Abbass : « Je crois en l’être humain. »

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Née palestinienne, titulaire d’un passeport israélien, française d’adoption, Hiam Abbass est une citoyenne du monde. Son parcours et son infinie curiosité pour l’évolution de la société fait d’elle une parfaite invitée du premier numéro des Entretiens Spectacles d’Anthony Bellanger le 29 janvier 2015.

Hiam Abbass, l’une des rares actrices francophones à être sollicitée par les réalisateurs américains (Steven Spielberg, Ridley Scott, Jim Jarmusch…), a un œil aiguisé et bienveillant sur le monde qui l’entoure. De son passé, les premiers pas sur les planches à 7 ans, une école de photo à Haïfa, un passage par Londres puis l’installation à Paris, elle s’est forgée une curiosité sans limite. « Je crois à l’être humain. Cela explique mes engagements cinématographiques » dit-elle au Parisien.

Ses quatre langues parlées (arabe, hébreu, français, anglais) ont éveillé son désir de tourner chez des cinéastes aussi divers que Eran Riklis (Les Citronniers), Jean Becker (Dialogue avec mon jardinier) ou Amos Gitaï (Free Zone, Desengagement). Dans le Nouvel Obs, elle raconte : « Dans ma jeunesse, les langues me servaient d’échappatoires. Je rêvais en anglais d’histoires sans soldats et sans femmes opprimées. » Hiam Abbass n’a cessé de se poser la question de l’appartenance. « J’habitais parmi les Israéliens, j’étudiais avec eux, or, dès qu’un problème d’ordre politique surgissait, on me faisait sentir que j’y avais ma part. Plus tard, je suis partie en Grande-Bretagne et là, je suis tombée amoureuse d’un Français. J’ai appris la langue quand j’attendais mon premier enfant. »

Parallèlement à son métier de comédienne, elle est invitée comme conseillère par les réalisateurs Alejandro González Iñárritu (Babel avec Brad Pitt) et Steven Spielberg (Munich). Elle coache alors des comédiens américains, palestiniens et israéliens. Des contresens, elle en a désamorcé. Elle a beaucoup appris aussi : «  C’est une leçon de vie de travailler avec des acteurs différents. On devient psychologue !»

En 2012, après deux courts, elle réalise son premier long-métrage, Héritage (photo). Film choral dans lequel, à l’occasion des retrouvailles pour un mariage, les conflits internes font exploser peu à peu l’harmonie d’une famille palestinienne… Hiam Abbass fait preuve d’une grande sûreté dans la direction de ses acteurs. Le film est nommé à la Mostra de Venise.

On l’invite souvent pour son regard d’artiste solaire sur le monde. Pour elle, « la démocratie, c’est la liberté de s’exprimer, la liberté de vivre, la liberté d’avoir une vie décente. Et en égalité, cela est très important ! Cela veut dire que si moi j’ai le droit, mon voisin a le même droit, même s’il est de je ne sais où, sans faire rentrer la race, la religion, la croyance personnelle, l’intellect et l’état de l’éducation. On a tous droit à une vie décente dans cette vie et à s’exprimer. Librement. » Elle croit aussi « qu’un jour, les artistes ouvriront les yeux des politiques ». Doucement, mais avec ténacité.

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Sources : Le Parisien  / Le Nouvel Obs / Arte / TV5 Monde / La Voix du Nord
Photo : Héritage (2012) de Hiam Abbass / DR