Le spectacle total selon D’ de Kabal

dans
la programmation

Rappeur, slameur et artiste hip hop, bien sûr, mais également auteur, comédien, compositeur, metteur en scène, D’ de Kabal est un explorateur au parcours singulier. Il provoque des rencontres à la frontière de tous les arts et ne refuse aucune expérimentation. Le corps, l’espace, la voix sont au cœur de ses interrogations artistiques. Avec Agamemnon, lui et Arnaud Churin créent un « spectacle total » qui nous permet de redécouvrir la force d’Eschyle. Entretien.

Photo : D’ de Kabal vu par Cyrille Choupas avec son aimable autorisation.

Le fil conducteur de mes créations, c’est la prise de parole : verbale ou musicale. J’ai commencé par l’écrit avant de rapper, le rap a été une suite logique. Le sens des mots, la manière dont on les adresse, dont on prend parole… Ma façon d’écrire évolue sans cesse. J’en suis venu au slam en 2001. Le slam touche un large éventail de personnalités, n’a pas de frontière, de caste. C’est aussi ce qui m’a séduit. Puis le théâtre a représenté l’opportunité d’investir un nouvel espace, de me confronter à de nouvelles contraintes. De créer de nouvelles rencontres. 

Plutôt que de passer d’un genre à un autre, j’ai cumulé. Je me suis lancé dans la mise en scène parce que j’avais envie d’aller de l’autre côté de la salle. Il est important de changer de rôle, de poste, pour continuer à apprendre et se renouveler. J’aime ainsi amener les artistes au-delà de leurs capacités. Si tu es un comédien, je vais te faire danser. Si tu es un danseur, je vais te faire jouer. Si tu es un DJ, je vais te faire parler. Quand les artistes entrent dans un projet, il faut qu’ils en sortent transformés, qu’ils ne soient pas la même personne avant et après la représentation. En tant que metteur en scène, ce qui est important pour moi, c’est de me demander : comment vais-je nourrir les gens sur le plateau, comment vais-je leur apporter quelque chose ?

Nicole Loraux écrit dans La voix endeuillée essai sur la tragédie grecque : «Nous admettrons assurément que l’adaptation des morceaux lyriques d’une tragédie est tendanciellement une tâche impossible parce que nous ne savons plus ni monter un chœur ni intégrer vraiment la musique et la danse à la mise en scène du texte.» La Tragédie Grecque était en effet un spectacle total, alliant proférations, chants, musique et danses. Le Hip Hop, à la manière de la Tragédie Grecque, est une culture du spectacle total : il est composé de cinq disciplines distinctes (le rap, le DJing, le break dancing, le graffiti, le beatboxing). Ces disciplines peuvent, dans un même espace scénique, exister ensemble, à l’unisson et dans une harmonie parfaite. 

Dans Agamemnon, en demandant à un chœur de trois human beat box de constituer l’orchestre, en montrant sur scène des figures du rap et de la danse Hip Hop, ou encore en traitant certains textes en rap, c’est le Tout-Monde qui est convoqué : la plèbe dans sa composante la plus riche et diversifiée, donc dans sa composante la plus noble. Le mariage de ces deux cultures, la tragédie et le Hip Hop, raconte notre monde en mouvement, le questionnement et les frottements entre les uns et les autres. Un autre mot pourrait être utilisé pour raconter cela : Créolité.

Sources : entretiens avec D’ de Kabal réalisés par Leïla Haddouche pour Respect Mag, entretien par Romain Delalande pour AfriScope et dossier de présentation du spectacle.

Quelques dates clefs de D’ de Kabal

« D’ de Kabal dresse sa silhouette massive, son dos tatoué, son regard pâle sous ses locks rasta, avec une évidence sidérante. Il épate, file la frousse, celle que provoque une grande interprétation… » Rosita Boisseau / Le Monde à propos de sa performance dans Créatures

1993-1998 : membre de duo rap Kabal en tournée pendant deux ans avec Assassin
2003 : co-créateur du festival Bouchazoreill’slam à Paris
2004 : création du collectif Spoke Orchestra avec Nada et Félix J.
2005 : création de sa compagnie R.I.P.O.S.T.E.
2006 : écriture et mise en scène de Écorce de peine, conte mêlant danse, slam/poésie et musique live avec notamment Ezra
2006 : lancement du projet d’action culturelle 93 Slam Caravaneateliers hebdomadaires dans cinq villes de Seine-Saint-Denis
2006 : participe à la création de On L’ouvre, on Slam au Musée du Louvre
2007 : performance dans le cadre de la Nuit Blanche à Paris avec des comédiens de la Comédie-Française
2008 : joue avec Denis Lavant dans Timon d’Athènes, Shakespeare et slam d’après Timon d’Athènes de William Shakespeare, mise en scène Razerka Ben Sadia-Lavant
2010 : sortie de son dernier album (Re)Fondations disponible en téléchargement gratuit
2013 : création de Créatures, chorégraphie conçue et interprétée en collaboration avec Émeline Pubert sous le regard de Farid Berki dans le cadre des Sujets à vif au Festival d’Avignon 2013
2013 : écriture et mise en scène de Silenciô, l’Enfant sans Nom, spectacle jeune public au Théâtre d’Ivry – Antoine Vitez
2014 : création à l’Avant Seine / Théâtre de Colombes de Agamemnon, Opéra hip hop

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