Sébastien Lefrançois, la glace en héritage

Publié le 27/05/2016

Venu du patinage et du hip hop, le chorégraphe Sébastien Lefrançois est à la tête de la compagnie Trafic de Styles depuis 1994, pour laquelle il a créé de nombreux spectacles mêlant théâtre, cirque, patinage, danse contemporaine, burlesque… bâtissant une écriture chorégraphique unique et reconnaissable.

Vos propositions chorégraphiques se confrontent toujours à des objets, ici, des patins à glace. D’où vous vient ce besoin d’obstacle ?
Sébastien Lefrançois :
Le mouvement me vient en effet souvent de la contrainte. Pour Roméo et Juliette aussi, la pièce se construisait autour d’un grand jeu de plaques. J’aime bien donner cette sensation que les danseurs construisent leur propre décor au fil de la pièce. En l’occurrence, sur la glace comme dans n’importe quel autre sport, il faut d’abord maîtriser parfaitement la technique avant d’accéder au beau. Avant cela, on est dans le burlesque. C’est la maîtrise de l’objet qui donne accès à la chose belle et c’est cela que j’ai essayé de reproduire dans Glace.

Pourquoi avoir mis un terme à votre carrière de patineur ?
S.L. : Le cloisonnement, la ringardise, la pauvreté de la proposition artistique… Quand on est gamin, on ne réfléchit pas à ces choses-là. Puis, quand on a 17-18 ans, on essaie de résister, de ne pas se laisser avoir par les exigences du jury. Et dans cette résistance, j’ai laissé des plumes.

Revenir sur la glace, c’est donc une vengeance ?
S.L. : Une vengeance, je ne sais pas mais en tout cas, la trouvaille d’un renouvellement possible dans le sport de glisse. J’aime cette façon dont les jeunes ont repris possession du vélo en en faisant le BMW ou les parcours urbains. J’aime comment ils réinventent le monde avec leur corps dans l’espace en pratiquant un sport qui glisse entre les doigts de la société, ces défis dans lesquels elle n’aime pas nous voir.

Installer une patinoire dans un théâtre, difficile à vendre à un programmateur ?
S.L. : Oh que oui ! D’ailleurs, on s’est endetté pour monter ce spectacle… Lorsqu’on s’est lancé dans cette aventure, cinq coproducteurs étaient partants. Mais, les élections sont passées par là et les politiques se sont montrés frileux. Tous les coproducteurs se sont désistés sauf deux : Auxerre et le GTP Aix. Dominique Bluzet a été emballé par mon idée et j’apprécie vraiment qu’il m’ait fait à ce point confiance, sans pression, sans coup de fil…

Quels genres de danseurs se rencontrent sur cette patinoire ?
S.L. : Un danseur sur glace, deux patineurs artistiques, un danseur hip-hop, un danseur, hybride, un danseur contemporain. On n’est pas dans le hip-hop, on est pas dehors non plus… Difficile de ranger ce spectacle dans une case.

Propos recueillis par Nadia Tighidet pour La Provence

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