Entretien avec Pierre-Marie Baudoin

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la programmation

Pierre-Marie Baudoin nous parle de sa création, Fritz Bauer – Dans le système judiciaire allemand, je vivais en exil, un projet soutenu par l’Avant Seine / Théâtre de Colombes et sélectionné au Festival Impatience 2013 (Théâtre du Rond-Point / CENTQUATRE / Télérama).

Quand le rôle de metteur en scène flirte avec celui de journaliste

Je revendique un théâtre “documentaire”, je puise mes sources dans l’actualité, les médias, la littérature… à ce  travail se mêle une de mes interrogations constantes : comment représenter sur scène ce qui est de l’ordre de l’impensable ? J’adhère complètement à la réflexion de l’auteur dramatique Peter Weiss, dont le texte L’Instruction a initié le projet : mieux vaut privilégier la suggestion, l’abstraction, à une reconstitution réaliste qui ne traduirait jamais la souffrance vécue.

L’Instruction rapporte le procès de Frankfort (1963 à 1965), premier jugement mené contre des officiers SS ayant œuvré à Auschwitz. À travers la personnalité intrigante du procureur Fritz Bauer, j’ai pu confronter les non-dits de la Shoah et dépasser la triste réalité humaine. J’ai voulu plonger dans ses enjeux politico-économiques en osant questionner les incontournables avancées scientifiques et technologiques réalisées au sein des camps, au dépend de leurs prisonniers.

Fritz Bauer,  une figure singulière

Je vois en Fritz Bauer tous les ingrédients du héros contemporain. Arrêté dans les années 30 pour ses opinions révolutionnaires, il est  envoyé aux camps puis exilé. Il revient en Allemagne à la fin de la Seconde Guerre Mondiale et s’installe à Frankfort où il devient procureur. Il entre alors dans un combat contre le système politique et judiciaire.

Il prône le face à face forcé de l’Allemagne à son histoire, mais l’opinion publique n’est pas prête. Bauer est confronté à un désintérêt évident et sa cause sera vaine. Après avoir été ignoré puis oublié pendant près de 50 ans, l’intérêt soulevé par un documentaire présenté à la Biennale de Berlin en 2011 laisse présager sa réhabilitation.

Une expérience exaltante pour les sens

J’invite le public dans un univers mêlant réalisme et imagination. Le spectateur s’installe dans un dispositif scénique qui, d’abord, l’immerge dans l’ambiance concrète du procès de Frankfort. Puis, au fil des témoignages et récits, la salle devient l’écran où sont projetés des visuels qui traduisent faits, angles, émotions, sans jamais les imposer.

J’offre la possibilité d’entrer dans une toile en mouvement. C’est une expérience qui invite à jouer avec son imagination.