La douleur est une danse qui embrase l’Espagne de nos fantasmes – THISISPAIN

dans
la programmation

THISISPAIN

vendredi 30.01.2026 à 20h

Sur scène, l’Espagne apparaît d’abord comme une image. Un empilement de signes, une succession de fantasmes, une déferlante de souvenirs collectifs : la passion, la douleur, le rouge et le noir, Carmen, la guitare, les espagnols si gentils et les femmes si belles, Don Quijote, Picasso… et le flamenco ! Mais dans THISISPAIN, Hillel Kogan ne cherche pas exactement l’Espagne pour ses images : il veut la performer. Alors il la traverse, la déconstruit, la rejoue, exposant des poncifs mille fois répétés, au point de devenir identité !

Danseur et chorégraphe issu de la danse contemporaine, Hillel Kogan se présente ici comme un « touriste » et s’invite dans le flamenco avec une position réflexive pour comprendre les rouages et pouvoir performer à son tour l’identité qu’il dissèque et étudie à la loupe.

Il le précise en évoquant sa recherche : dans sa grande exploration de l’identité, il se réfère à la définition de Judith Butler et à la queer théorie : l’identité n’est pas une essence, mais plutôt une performance.

Alors, empruntant un regard extérieur assumé, il s’aventure dans le monde codifié du flamenco. À ses côtés, Mijal Natan, figure majeure du flamenco israélien et artiste aguerrie participe au dialogue vibrant visant à déplacer le regard que l’on pose sur l’Espagne, nourri d’exotisme et de projections.

A force de déplacement, de critique, d’humour, et à mesure que les deux artistes performent un flamenco exécuté avec une maîtrise renversante, les frontières nous apparaissent plus floues et les traditions moins figées.

Cet art, souvent associé à la souffrance – le décor ne le dissimulant pas –  est ici pris comme une matière vivante que le chorégraphe réussit à pénétrer en comprenant sa forme, ses rythmes, ses mécanismes. Et au moment où il performe l’objet de sa fascination, des questions se posent : que raconte-t-on lorsque l’on danse le flamenco ? Qui a le droit de le raconter ? Que signifie être espagnol, israélien, homme, femme, artiste ? Où commence le folklore, où s’arrête l’art ?

THISISPAIN est un discours ironique et parfois corrosif, une exploration tendre, un lieu de débat traversé par des questions aussi intimes et politiques – si tant est qu’on puisse dissocier les deux – et qui nous donne à voir une identité comme exaspération de projections, que l’on peut nuancer grâce à la danse, qui, plus que jamais, permet de panser en mouvement.

 

Justine Komé