Une plongée dans les origines des danses de résistance sud-africaines – Moya

dans
la programmation

Dans un spectacle acrobatique multicolore, Moya convoque sur scène les personnalités artistiques solaires de dix jeunes de l’école de cirque social Zip Zap Circus, pour une célébration vibrante de l’héritage sud-africain. Leur individualité entre en résonnance avec le destin d’un pays entier et porte sur le plateau, le rêve d’une nation arc-en-ciel unit et harmonieuse. C’est au travers d’impressionnants numéros de cirque et de danses pleines d’espoir issues d’un passé douloureux, que les personnages se révèlent, évoquant leurs envies d’évasion, de rencontres et d’accomplissements.

Du « Pantsula » à l’acro-danse, en passant par le « gumboot », c’est au travers de la danse, qui comme 80 décennies en arrière, s’avère plus parlante que n’importe quels mots, que les interprètes se rassemblent et nous invitent à célébrer la diversité et la résilience.

Les artistes du spectacle Moya en train de danser le pantsula. Le Pantsula, qui signifie en zoulou « se dandiner comme un canard », est une danse sociale de résistance issue des townships de Johannesburg. En Afrique du sud, cette gestuelle se caractérise par des frappes de pieds effrénées, des mouvements de jambe puissants ancrés dans le sol et une énergie époustouflante. Elle est imprégnée des gestes du quotidien des cultures populaires et urbaines dont elle est issue.

Cette danse contestataire est portée par la jeunesse défavorisée de la métropole sud-africaine en réaction aux déplacements forcés de populations, initiés par le gouvernement de l’apartheid dans les années 1950-1960. C’est dans les années 1980 que cette danse porteuse de sens, se popularise à travers le pays et se traduit comme une forme d’expression puissante de contestation gouvernementale et de dénonciation des problèmes sociaux. Le Pantsula a permis à la population d’exprimer par le corps, ce qu’elle ne pouvait pas oraliser dans ce contexte d’oppression. Aujourd’hui il permet à l’Afrique du Sud contemporaine, la nation « arc-en-ciel » de ne pas oublier ces temps obscurs de son histoire.

Photo des artistes du spectacle Moya en train de danser le Gumboots en bottes blanchesOriginaire d’Afrique du Sud, le Gumboot (signifiant littéralement « bottes en caoutchouc ») est une danse percussive de la fin du XIXe siècle. Elle est pratiquée par les mineurs sud-africains comme une forme de communication par le corps pour protester contre leurs conditions de travail déplorables durant l’Apartheid. Les travailleurs des townships de Johannesburg, alors enchaînés et confrontés à l’humidité, l’obscurité ou encore l’interdiction de parler, faisaient claquer bottes et chaînes sur le sol, donnant naissance à ce langage collectif et populaire.

Cette gestuelle revendicative a rapidement pris de l’ampleur dans d’autres pays du continent africain pour devenir une pratique artistique à part entière et dansée quotidiennement dans les rues. Chaussés de bottes, les initiés produisent des rythmes en tapant sur leurs pieds, dans leurs mains ou au sol. Ils effectuent une chorégraphie au son de ces percussions et de chants. Cet art est aujourd’hui reconnu à travers le monde comme une danse traditionnelle et un instrument de musique à la dimension culturelle et politique forte.

Léa Faydide