« J’ai voulu faire un portrait, comme un peintre » Aurélien Bory

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la programmation

La vie et l’œuvre de Stéphanie Fuster sont transfigurées dans cette œuvre qui parle de la relation entre l’espace intérieur et extérieur, de la passion solitaire qu’est le flamenco et de notre lutte pour exister. Aurélien Bory nous parle ici du processus créatif.

Mon propos était de poser la question : qu’est que ça veut dire exactement être un danseur de flamenco ? Quelle est la réalité derrière ça ? Et ce n’est pas la scène. Ce n’est même pas un cours avec un groupe ou un professeur. La plupart du temps, c’est être seul dans un studio minuscule, un tout petit studio triste, et s’entraîner. Et c’est ça que je voulais : cette vérité du flamenco.

J’ai rencontré Stéphanie en 1995. À l’époque, j’étais un débutant qui ne travaillait même pas encore dans le théâtre, et elle n’était pas danseuse de flamenco. Elle était à la faculté de droit, puis elle a fait le choix étrange de tout quitter pour partir à Séville, s’immerger dans le monde du flamenco. Pendant huit ans, elle a travaillé tous les jours, seule, dans un studio ; ensuite pour se perfectionner elle a travaillé avec l’illustre danseur flamenco Israel Galvàn.

Plus de dix ans plus tard, en 2006, elle est de retour en France et découvre que je suis devenu metteur en scène. Elle a vu un de mes spectacles, je l’ai vue danser, et nous avons même travaillé ensemble une semaine, mais à la fin de cette semaine je lui ai dit : « Stéphanie, tu es une danseuse extraordinaire, mais je ne peux rien faire de ça, simplement parce que je n’ai aucune idée de comment m’y prendre. Je ne peux pas travailler le flamenco. » Mais je ne sais pas trop pourquoi, j’ai gardé en moi l’empreinte de sa danse.

Après quelque temps, deux ans environ, j’ai su ce que je voulais faire et c’était très simple : je voulais faire un portrait, comme un peintre. Je voulais utiliser Stéphanie et en faire le portrait en utilisant la danse et l’espace. Ma proposition était de parler de l’espace intérieur, comme la danse est d’une certaine manière un chemin vers l’espace intérieur du danseur. Je ne voulais pas raconter la vie de Stéphanie, mais je voulais en savoir plus sur ses aspects dramaturgiques comme par exemple son choix si particulier de tout quitter pour se dévouer entièrement au flamenco. C’était une décision cruciale, et chaque jour à Séville, Stéphanie se posait la question : Qu’est-ce que tu deviens ?

Il y a du flamenco dans ce spectacle, mais je voulais en tirer quelque chose de différent, de plus théâtral. Quand nous avons joué le spectacle à Paris, une femme est venue nous remercier à la fin de la représentation et a dit « il faut que je vous dise : cette femme dans le spectacle, c’est moi. Je suis comme cette femme. » Voilà exactement pourquoi je tenais à faire ce spectacle. C’est le portrait d’une femme, mais en même temps, il reste assez de place pour des questions plus vastes au sujet du flamenco, de l’art en général et de la relation entre notre monde intérieur et le monde extérieur. L’intériorité et l’extérieur, cette lutte pour exister.

Propos recueillis par John Ellingsworth pour le Mime Festival lors du Festival Circa à Auch, le 26 octobre 2013.

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