Les filles ne sont pas des poupées de chiffon, et elles ont leur mot à dire

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Comment conter une réalité cruelle et violente avec poésie ? Comment faire découvrir à des enfants du même âge l’histoire de la petite Ella mariée à treize ans ? Avec Les Filles ne sont pas des poupées de chiffon, la metteuse en scène Nathalie Bensard dévoile un conte universel et théâtral mettant en lumière le poids des traditions pesant sur les filles à qui l’on reproche si injustement d’être elles.

Plongée dans une époque qui ne devrait plus être la nôtre

L’origine de ce récit provient de la découverte des Bacha Posh par Nathalie Bensard. Dans certaines traditions, les fils sont mieux considérés que les filles. Une famille qui ne voit naître que des filles estime cela comme une malédiction, car elles ne peuvent pas aider leur père à travailler, et ainsi subvenir aux besoins, et ne sont pas considérées comme des héritières. Elles ne possèdent aucune autorité. En conséquence, en Afghanistan et dans une partie du Pakistan, la pratique des Bacha Posh existe toujours aujourd’hui et consiste à élever une fille en tant que garçon. La jeune fille est habillée et coiffée comme un garçon, et traitée comme telle aux yeux de la société. Elle accède ainsi à tous les privilèges réservés à la gent masculine comme l’école, la vie en extérieur, parfois même le travail. Néanmoins, le statut de Bacha Posh prend fin lorsque la jeune fille atteint sa puberté, autour de ses treize ou quatorze ans, pour qu’elle soit mariée en tant que femme. Certaines femmes ne s’en remettent jamais, et souhaitent ne jamais avoir été née femme.

Cette histoire est celle de milliers de filles dans le monde, et celle d’Ella sur les planches.

Construire son identité sous le poids des traditions

Bien installé dans son fauteuil, le public découvre alors deux personnages : Ella, la fille à la maison, et Eli, le garçon à l’extérieur. Diane Pasquet et Juliette Prier les interprètent comme deux faces d’une même pièce, comme l’esprit brisé d’une jeune fille prise entre deux mondes. Elles remontent doucement son parcours intime et les méandres de la construction de son identité. Qui est-elle sous le poids des traditions ?

Son parcours défile à travers des toiles, des tissus, des draps et rideaux soulevés, manipulés, transformés en décor, en costume, en paysage et en mobilier. Ce monde se construit juste devant les spectateurs, à travers des histoires passées et des scènes au présent, faisant de ce conte un véritable voyage pour les pupilles et les esprits.

Le poids de la réalité est magnifiquement allégé à travers la dimension enfantine, presque naïve, de la construction de l’espace qui recrée l’élan créatif des enfants inventant des histoires avec ce qu’ils ont sous la main.

Transcender la fatalité

Les Filles ne sont pas des poupées de chiffon n’est pas le conte fataliste d’une jeune fille condamnée, au contraire.
C’est un rayon d’espoir, qui fait éclater la vérité au grand jour pour que chacun réalise l’ampleur de cette pratique moyenâgeuse toujours existante aujourd’hui.
C’est une incitation à se battre, pour que chacun se soulève contre le poids de la tradition qui aggrave les inégalités entre les genres.
C’est un conte poétique, pour que chaque enfant puisse appréhender son futur avec un peu plus d’éclat dans ses pupilles. Pour que nos enfants pensent un monde où les garçons et les filles deviennent véritablement égaux.
C’est la voix de Nathalie Bensard, de Diane Pasquet, de Juliette Prier, et de toutes les filles du monde.

Emily Golinsky