Olivier Dubois ou “l’enfant terrible” de la danse contemporaine.

dans
la programmation

On ne sait jamais vraiment qu’elle sera la prochaine création de ce danseur, chorégraphe et auteur, peut-être même que l’on s’en inquiète, car Olivier Dubois n’en finit jamais de nous surprendre. Cependant il refuse toujours, presque par humilité, l’adjectif d’agitateur qu’on lui appose parfois. Non pas qu’il n’en aurait pas envie, mais parce que c’est vain ! « Ce qui choque aujourd’hui ne choquera plus demain » dit-il. Ou peut-être que si… ?

Pour Tragédie, new edit, moins de suspens puisqu’il s’agit de la réédition d’une pièce créée en 2012 et dont la réputation n’est plus à faire. Elle se joue d’un des plus grands tabous de notre société et figure parmi les pièces choc du répertoire du chorégraphe.

Interprètes de la pièce dont on aperçoit les silhouettes nues sur un fond noir.Alors que bien souvent, dans son travail, tout commence par une image puis par l’écriture, plutôt que par la recherche du mouvement, pour le poème chorégraphique Tragédie, c’est une phrase, presque musicale, qui lance la création : “Être humain ne fait pas l’humanité, et c’est là notre tragédie humaine”. S’ajoutent à cette phrase du chorégraphe, de multiples références : la tragédie de Nietzsche, la tragédie grecque et son découpage, qui donneront finalement un titre à cette œuvre.

 

Partir d’une table avant d’atteindre le studio

Interprètes de la pièce dont on aperçoit les silhouettes nues sur un fond noir. Tout ce travail d’écriture en amont pour produire une partition sur papier permet ensuite de gagner du temps, car avec une pièce comme Tragédie, le chorégraphe se confronte à  toute la complexité des grandes pièces où, lors de la conception, on multiplie au nombre de jours de création, le nombre d’interprètes.
Une fois au plateau, ce qui rend les pièces d’Olivier Dubois si uniques et marquantes, c’est, entre autres, son obsession pour comprendre ce qu’il ressort du plus profond de ses entrailles. Est-ce vraiment de la provocation ? Ou l’exposition d’un goût clair, assumé, sans compromis ? Un goût exigeant, qui demande d’explorer l’obscur pour faire ressortir la lumière… Un goût qui ne manque pas de créer l’émoi !

Ici puisque l’on s’inspire de la tragédie, le parcours du cœur est exploré de la parade à l’exode. Ce qui débute donc par une longue marche de départ, construite sur douze pas, comme les 12 pieds qui constituent un alexandrin. Après s’installe la catharsis, qui monte crescendo comme la musique s’intensifie. Ce qui rend la pièce exigeante physiquement. En plus d’avoir la nudité pour costume, les danseurs suivent un rythme effréné. Se plient à une grande technique dans la virtuosité de la danse. D’ailleurs Olivier Dubois ne parle pas de danseurs, mais des hommes et des femmes entre 21 et 63 ans, qui dansent. Si la nuance peut sembler anecdotique, elle fait pourtant toute la différence pour celui qui accorde surtout une importance très grande aux personnalités et singularités de chacun des êtres qui occupent le plateau. Là aussi, cela demande beaucoup de travail en amont, car la mise à nue au sens littéral comme figuré n’est jamais évidente et demande de bonnes dispositions pour s’offrir aux spectatrices et spectateurs.

« New edit »

Interprètes de la pièce dont on aperçoit les silhouettes nues sur un fond noir.Nouvelle édition, car la pièce a évolué et le casting a en partie changé. Dix ans après, la pièce n’est plus tout à fait la même, désormais les danseurs là depuis le début transmettent cette expérience unique à ceux qui arrivent tout juste, avec une fougue nouvelle et vivifient une partition affutée. À part cela les règles restent inchangées : un groupe large, pas de décor et des gestes répétés. Il importe de défendre la singularité des interprètes, cette addition d’entités, dont les personnalités se répondent et se transforment tout au long de cette 1h30 de spectacle. Ces interprètes connaîtront quelques turbulences et seront mis à l’épreuve. Ils laisseront sans doute un peu d’eux sur scène et dans l’esprit du public. 

Cette exigence est liée à un combat, l’existence de la danse, la revendiquer et exiger sa place dans les programmations. L’enfant terrible ne fait pas de caprice, il aime la danse comme il aime l’humain : follement.

 

Justine Komé