dans
la programmation
Elles arrivent en pleine lumière et sans fracas, habillées de justaucorps pailletés et de sourires renversants. Après ces premiers instants étincelants, on comprend que ces femmes alignées, avec ce bâton comme extension de leurs bras, viennent nous offrir bien plus qu’une parade : un défilé d’histoires. Bribes de vie ou supplément d’âme, il est de ces spectacles qui, sans se parer d’impressionnants artifices, nous marquent profondément.
Majorettes, la pièce de Mickaël Phelippeau, créée en 2023 dans le cadre du festival “Montpellier danse”, ne cherche pas à réhabiliter à tout prix une pratique longtemps reléguée aux bords des défilés ou des événements populaires, carnavals et autres fêtes municipales, et savamment tenue à distance des plateaux contemporains. Il ferait même exactement l’inverse. Du haut de son regard juste et sensible, il place au centre de la scène cette féminité pailletée, ce sport populaire et ces jambes façonnées par la répétition, laissant les douze interprètes constituant les Major’s Girls, tel qu’elles l’ont toujours fait depuis 1964.
Sur un plateau presque nu, ces stars montpelliéraines, menées par la pétulante Josy, racontent également des histoires intimes, entre deux mouvements dansés et quelques uniformes de ville ou de scène, nous donnant à voir, au-delà du groupe harmonieux, les différentes personnalités qui le composent.
Participant à l’unité, une couleur emblématique s’invite sur scène ! Signature de l’artiste chorégraphique Mickaël Phelippeau connu, ou plutôt reconnu, pour son goût pour la couleur jaune, que l’on retrouve de ses créations au cadran de sa montre, sans compter la monture de ses lunettes : aucun hasard d’avoir pour référence cette couleur solaire et lumineuse, car ainsi est son regard et son humanité. C’est donc de cette même couleur qu’il teinte l’altérité dans son travail, après une écoute attentive d’histoires qui ne sont pas les siennes, mais pour lesquelles il construit des espaces où toutes, d’où qu’elles viennent, deviennent légitimes.
Même si ces majorettes ne l’ont pas attendu pour époustoufler un public faisant tout de même, pour certaines, tournoyer leur bâton depuis près de soixante ans. D’ailleurs, elles en ont vu d’autres, comme en témoignent leurs confessions. Car ce qui se raconte ici n’est pas tant l’histoire des majorettes que leurs histoires personnelles, celles qui entourent les défilés, les victoires et les défaites et ces quarante années d’amitié. Autant de confidences qui viennent donner relief et perspectives à l’image des majorettes dans l’imaginaire collectif.
Car en parlant de majorettes, sans doute parle-t-on aussi de classe sociale, de territoires, de féminité normée. À cela se superposent des regards complices, un sourire tendre qui dédramatise un lancer de bâton raté ou une légère désynchronisation, et qui en disent bien plus qu’un manifeste.
Plus qu’une réhabilitation spectaculaire, Majorettes est un geste joyeux qui fait exister pleinement des corps et redore le regard que nous pourrions porter sur ces pratiques. Il n’en fallait pas plus pour que Fade to Grey reprenne des couleurs !
Justine Komé
